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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/247

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Maria Pavlovna, la belle jeune fille qui était assise à deux pas de Nekhludov, se leva et s’avança vers eux.

— Il vous demande, bien sûr, qui vous êtes ? — dit-elle à Nekhludov avec un léger sourire de sa jolie bouche, en le regardant bien en face de ses yeux saillants. Et son sourire, et son regard, et son accent étaient si simples, qu’on voyait tout de suite que toujours, avec tous, elle se sentait à l’aise, n’ayant elle-même pour tous que des sentiments affectueux et fraternels.

— Il est ainsi ! Il a toujours besoin de tout savoir ! — reprit-elle ; et elle sourit à l’enfant d’un sourire si doux et si tendre que l’enfant, et Nekhludov lui-même, tous deux involontairement, lui sourirent en réponse.

— Oui, il me demandait pour qui j’étais venu.

— Maria Pavlovna, vous n’avez pas le droit de parler à des étrangers. Vous le savez bien, pourtant ! — dit le directeur.

— Bon ! bon ! — fit-elle ; — et, prenant dans sa longue main blanche la petite main de Kolia, elle revint près de la mère du jeune phtisique.

— De qui est-il le fils ? — demanda Nekhludov au directeur.

— D’une détenue politique. Figurez-vous qu’il est né en prison.

— Vraiment !

— Oui, et maintenant il va en Sibérie avec sa mère.

— Et cette jeune fille ?

— Pardonnez-moi, mais je n’ai pas le droit de vous répondre sur tout cela ! Et, d’ailleurs, voici la Bogodouchovska !


V


Nekhludov vit en effet entrer, de son pas agile, dans la pièce, la petite, maigre, jaune, Vera Bogodouchovska, ouvrant devant elle ses énormes yeux sans malice.

— Ah ! comme c’est bien que vous soyez venu ! — dit--