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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/232

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d’autres[1] ! — dit Maslinnikov, se mettant tout d’un coup, sans l’ombre d’un motif, à parler français.

— Je sais, — reprit-il, — que nous ne sommes pas d’accord sur ce sujet : mais que faire, c’est mon opinion bien arrêtée ! Tandis que toi, sans doute, tu es toujours libéral ?

Nekhludov se demanda, une fois de plus, quel rapport pouvait exister entre une opinion politique, comme le libéralisme, et le fait d’exiger, pour un accusé, le droit de se défendre, ou le fait de ne pas admettre qu’on ait le droit de tourmenter et de battre même les pires criminels, ou encore le fait de préférer tel mode de jugement à tel autre.

— Je ne sais pas si je suis libéral ou non, — répondit-il à Maslinnikov, — mais je sais que notre justice d’à présent, avec tous ses défauts, vaut encore mieux que celle d’autrefois.

— T’es-tu adressé à un avocat ?

— Oui, à Faïnitzin !

À ce nom, Maslinnikov fit une grimace.

— Quelle fâcheuse idée de t’adresser à celui-là !

Le vice-gouverneur ne pouvait pas oublier que Faïnitzin, l’année précédente, l’avait forcé à comparaître dans un procès, en qualité de témoin, et que, durant une demi-heure, il avait très poliment amusé la salle à ses dépens.

— Je ne t’aurais pas conseillé d’avoir affaire à lui ! C’est un homme taré !

— J’ai encore quelque chose à te demander, — dit Nekhludov sans paraître l’entendre. — J’ai connu autrefois une jeune fille, une institutrice… La malheureuse se trouve, aujourd’hui, elle aussi, en prison, et m’a fait savoir qu’elle voudrait me parler. Peux-tu me donner également une autorisation pour elle ?

Maslinnikov pencha légèrement la tête sur le côté et réfléchit un instant.

— Dans quelle section, ton institutrice ?

  1. Les mots en italiques sont en français dans le texte.