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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/229

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traîneaux glissaient par paires, sans bruit, le long de la route, entre les sapins tout couverts de neige. Dans l’obscurité brillaient, d’une jolie lumière rouge, les cigarettes allumées. Le garde-chasse Ossip courait d’un traîneau à l’autre, s’enfonçant dans la neige jusqu’aux genoux ; il parlait aux chasseurs des élans qui, dans cette saison, erraient dans le bois, se nourrissant de l’écorce des trembles ; et il leur parlait aussi des ours qui, à cette heure, se reposaient au chaud dans leurs profondes tanières.

Nekhludov se rappelait tout cela, mais surtout il se rappelait la délicieuse impression qui lui venait alors de la conscience de sa santé, de sa force, et de son insouciance.

« Une légère pelisse, un air froid et sec, la neige fouettant le visage. Chaud au corps, frais au visage, et dans l’âme ni soucis, ni remords, ni craintes, ni désirs ! Comme c’était bon ! Et maintenant ! Dieu ! comme tout maintenant est difficile et pénible ! »

Évidemment Véra Efremovna était devenue une révolutionnaire et s’était fait mettre en prison pour ses opinions. Nekhludov décida qu’il demanderait à la voir. Peut-être lui dirait-elle, en effet, quelque chose d’intéressant sur les moyens d’adoucir le sort de la Maslova.