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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/221

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— Je l’ai su autrefois ! — répondit-elle avec un sourire à l’adresse de Nekhludov.

Puis après avoir relevé sa jupe et retroussé ses manches, elle s’assit devant la table, prit énergiquement la plume, de sa petite main, et, se retournant vers Nekhludov avec un nouveau sourire, elle lui demanda ce qu’elle devait faire.

Il lui expliqua où et en quels termes elle devait signer.

— Et c’est tout ? — demanda-t-elle quand elle eut fini, en regardant tour à tour Nekhludov et le directeur.

— J’ai encore quelque chose à vous dire ! — répondit Nekhludov en lui ôtant la plume de la main.

— Eh bien, dites !

Et soudain son visage redevint sérieux, comme si une rêverie lui était passée par l’esprit, ou encore comme si elle s’était sentie prise d’une somnolence.

Le directeur se leva et sortit de la chambre. Nekhludov resta en tête-à-tête avec la Maslova.


II


L’instant décisif était enfin venu pour Nekhludov. Il n’avait pas cessé de se reprocher que, dès sa première entrevue avec la Maslova, il n’eût pas osé lui dire la chose principale, qui était son intention d’expier sa faute en l’épousant. Mais cette fois, quoi qui pût arriver, il lui dirait tout !

Il en prit une fois de plus la résolution, en s’asseyant en face de la prisonnière, de l’autre côté de la table.

La pièce où ils se trouvaient était claire ; et Nekhludov put observer à loisir le visage de la Maslova : il vit les rides autour des yeux et de la bouche, le gonflement des paupières, l’aspect général d’usure précoce et de dégradation. Et il se sentit plus pénétré encore de tristesse, et sa pitié pour elle s’accrut encore.

Se plaçant devant la table de façon à ne pas être vu ni entendu du gardien qui avait amené la Maslova, et