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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/21

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Je me suis souvenue de cela hier, dès que vous étiez parti. Ainsi, ne l’oubliez pas !

« Princesse M. Korchaguine. »


Sur l’autre page était écrit :

« Maman vous fait dire que votre couvert vous attendra jusqu’à la nuit. Venez absolument, à quelque heure que ce soit !

« M. K. »


Nekhludov fronça les sourcils. Ce billet était une continuation de la campagne entreprise autour de lui, depuis deux mois déjà, par la princesse Korchaguine, à l’effet de l’enserrer dans des liens sans cesse plus difficiles à rompre. Et, d’autre part, outre cette hésitation qu’éprouvent toujours, devant le mariage, des hommes d’âge mûr, habitués au célibat, et, avec cela, médiocrement amoureux, il y avait encore un autre motif pour lequel, même s’il s’était décidé à ce mariage, il n’aurait pas pu se déclarer à ce moment. Ce motif n’avait naturellement rien à voir avec le fait que, huit ans auparavant, Nekhludov avait séduit Katucha et l’avait abandonnée : à cela il n’aimait pas à penser, et l’idée ne lui serait pas venue d’y trouver un obstacle à son mariage avec la jeune princesse. Ce motif, c’était que Nekhludov entretenait des relations secrètes avec une femme mariée, relations que, en vérité, il s’était récemment décidé à rompre, mais que sa maîtresse, elle, ne reconnaissait nullement comme rompues.

Nekhludov était très timide avec les femmes. Et c’est cette timidité qui avait suggéré à Marie Vassilievna, la femme d’un maréchal de la noblesse, le désir de le subjuguer. Elle l’avait, en effet, entraîné dans une liaison qui tous les jours devenait pour Nekhludov plus absorbante, et qui tous les jours lui paraissait plus pénible. Mais, d’abord, il n’avait pu résister à la séduction, et, plus tard, se sentant coupable vis-à-vis de sa maîtresse, il ne pouvait se résoudre à briser ses liens sans qu’elle y