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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/200

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— Bien sûr, je n’étais pas coupable ! Est-ce que je suis une voleuse ou une empoisonneuse ?

Elle se tut de nouveau un instant, puis reprit :

— On dit ici que tout est la faute de l’avocat. On dit qu’il faut signer un pourvoi. Mais on dit que cela coûte très cher… pour les frais… l’avocat…

— Oui, sans doute, — dit Nekhludov. — Je me suis déjà adressé à un avocat.

— Mais il faut en prendre un bon…, un cher…

— Je ferai tout ce qui sera possible.

De nouveau, un silence. Le sourire de la Maslova devenait de plus en plus caressant.

— Je voudrais vous demander… si cela ne vous gêne pas… un peu d’argent. Pas beaucoup… dix roubles Mais seulement si cela ne vous gêne pas ! Je n’ai pas besoin de plus !

— Sans doute, sans doute, — répondit Nekhludov, tout confus ; et il tira son portefeuille.

La Maslova jeta un coup d’œil rapide sur le gardien qui se promenait de long en large dans le fond de la salle.

— Attendez qu’il ait le dos tourné, sans quoi on me prendrait l’argent !

Nekhludov prit dans son portefeuille un billet de dix roubles, mais, au moment où il allait le donner, le gardien se retourna. Il cacha le billet dans la paume de sa main.

« Mais c’est là une créature morte ! » songeait Nekhludov, en considérant ce visage blême et gonflé, qui, de ses yeux trop brillants, épiait tour à tour les mouvements du gardien et les gestes de la main tenant les dix roubles. Et le malheureux eut un instant de découragement.

Le tentateur qui lui avait parlé dans la nuit de l’avant-veille de nouveau éleva la voix au dedans de lui, pour le détourner de penser à ce qu’il devait faire, et pour le faire penser plutôt aux conséquences de ce qu’il voulait faire.

« Jamais tu ne feras rien de cette femme ! » disait le tentateur ; « tu ne réussiras qu’à t’attacher au cou une