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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/185

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deux hommes de mine maussade et hargneuse, vêtus de vestes de toile grise et de pantalons gris relevés jusqu’au-dessus des genoux. Ils soulevèrent le cuveau empesté, l’emportèrent sur leurs épaules. Les femmes, l’une après l’autre, sortirent, dans le corridor pour aller se laver au robinet. La femme rousse, en attendant son tour, eut une dispute avec une autre femme, sortie d’une salle voisine. De nouveau s’échangèrent des injures, des cris, des réclamations.

— Vous avez donc juré d’aller au cachot ! — s’écria le gardien ; après quoi, s’approchant de la Rousse, il lui appliqua sur le dos un coup si violent qu’on l’entendit résonner dans tout le corridor.

— Allons, que je n’entende plus ta voix ! — reprit-il en s’éloignant.

— Vrai ! le vieux a le poing solide ! — dit la Rousse sans se fâcher d’une caresse aussi rude.

— Et qu’on se hâte ! — reprit le gardien. Il est temps pour la messe !

La Maslova n’avait pas achevé de se coiffer lorsqu’arriva le sous-directeur avec un registre en main.

— En place pour l’appel ! — cria le gardien.

Des autres salles sortirent d’autres femmes ; et toutes les prisonnières se placèrent sur deux rangs, le long du corridor, celles du second rang ayant à tenir les deux mains sur les épaules des femmes placées devant elles. L’officier les compta, fit l’appel de leurs noms et s’éloigna avec son registre.

Quelques instants après, se montra la surveillante chargée de conduire les prisonnières à la messe. La Maslova et Fenitchka se trouvèrent placées au milieu de la colonne, formée de plus de cent femmes qui, toutes, portaient le costume blanc de la prison avec des fichus blancs sur leurs têtes. De loin en loin seulement on voyait quelques paysannes vêtues à la mode de leurs villages : c’étaient des femmes de condamnés aux travaux forcés, admises à partager le sort de leurs maris.

La longue colonne remplissait tout l’escalier. On