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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/18

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CHAPITRE III


I


Au moment où la Maslova, assise sur un banc, dans une cellule du Palais de Justice, était occupée à déchausser ses pieds, que le frottement des souliers avait meurtris pendant le trajet à travers la ville, ce même prince Dimitri Ivanovitch Nekhludov qui, jadis, l’avait séduite, se réveillait, dans son grand lit à ressorts, couvert d’un mol édredon de duvet. Vêtu d’une chemise de nuit en toile de Hollande élégamment plissée sur la poitrine, il s’accoudait avec nonchalance et, allumant une cigarette, il songeait à ce qu’il avait fait la veille et à ce qu’il ferait ce jour-là. Le souvenir lui revint de sa soirée de la veille, passée chez les Korchaguine. C’était un couple très riche et très considéré, et dont, de l’avis de tous, il devait épouser la fille. Ce souvenir le fit soupirer ; après quoi, jetant sa cigarette, il étendit la main vers un étui d’argent pour en prendre une seconde, mais aussitôt se ravisa, souleva courageusement son corps alourdi, et, mettant hors du lit ses pieds blancs semés de poils, il les chaussa de pantoufles. Puis il couvrit ses larges épaules d’une robe de chambre de soie, et, d’un pas lourd mais vif, il alla dans un cabinet de toilette voisin de la chambre à coucher.

Là, il commença par brosser soigneusement, avec une poudre spéciale, ses dents, plombées en plusieurs endroits ; puis il les rinça avec un élixir parfumé ; puis il s’approcha du lavabo de marbre, et, avec un savon parfumé, se lava les mains, employant ensuite un zèle tout particulier à nettoyer et à brosser ses ongles, qu’il gar-