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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/179

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lement un enfantillage. C’était au contraire un entretien avec moi-même, avec mon moi véritable et sacré. Depuis ces deux ans, ce moi s’était endormi au fond de mon cœur, de sorte que je n’avais personne avec qui m’entretenir. Mais il s’est brusquement réveillé, hier, le 28 avril, à la suite d’un événement extraordinaire qui s’est passé à la cour d’assises, où j’étais juré. Sur le banc des accusés, j’ai retrouvé cette Katucha que j’ai autrefois séduite et abandonnée. Un malentendu singulier, que j’aurais eu le devoir d’empêcher, a eu pour conséquence la condamnation de la malheureuse aux travaux forcés. Je suis allé aujourd’hui chez le procureur et à la prison où elle est détenue. Je n’ai pu être admis auprès d’elle, mais j’ai pris la ferme résolution de tout faire pour la voir, de lui demander pardon, et de réparer ma faute, dussé-je pour cela me marier avec elle. Seigneur, prête-moi ton aide ! Jamais je n’ai eu plus de repos ni plus de joie dans le cœur. »