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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/161

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C’était, en effet, la femme rousse qui pleurait dans son lit. Elle pleurait parce qu’on l’avait injuriée, frappée, parce qu’on lui avait refusé cette eau-de-vie qu’elle désirait tant ! Elle pleurait aussi à la pensée que, toute sa vie, elle n’avait trouvé autour d’elle qu’injures, railleries, humiliations et coups. Pour se consoler, elle avait voulu se rappeler son premier amour, les relations qu’elle avait eues jadis avec un jeune ouvrier ; mais, en même temps que les débuts de cet amour, elle s’était rappelée la manière dont il avait fini. Elle avait revu la terrible nuit où son amant, après boire, lui avait lancé du vitriol par plaisanterie, et s’était ensuite amusé avec des camarades à la regarder se tordre de souffrance. Et une grande tristesse l’avait envahie ; et, croyant que personne ne l’entendrait, elle s’était mise à pleurer. Elle pleurait comme les enfants, en reniflant et en avalant ses larmes salées.

— Elle souffre ! — dit la Maslova.

— À chacun sa peine ! — répliqua la vieille femme.

Et, de nouveau, elle se retourna pour dormir.