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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/143

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dès ce moment, révélé en lui. Et il l’écoutait, il ne pouvait se défendre de l’écouter et de croire en lui. Si énorme que fût la différence entre ce qu’il était et ce qu’il aurait voulu devenir, cet être intérieur lui affirmait que tout lui était encore possible.

« Je romprai les liens du mensonge où je suis plongé, quoi qu’il puisse m’en coûter, et j’avouerai tout, et je dirai et ferai la vérité ! décida-t-il. Je dirai la vérité à Missy : je lui dirai que je suis un débauché, que je ne puis me marier avec elle, et que je lui demande pardon de l’avoir troublée ! Je dirai à Marie Vassilievna… Ou plutôt, non, je ne lui dirai rien, mais je dirai à son mari que je suis un misérable, indigne de son amitié. Et à elle, à Katucha, je dirai aussi que je suis un misérable, que j’ai péché contre elle. Et je ferai tout pour adoucir son sort. Oui, je la reverrai, et je lui demanderai de me pardonner… Je lui demanderai pardon comme font les enfants… »

Il s’arrêta un instant et reprit : « Je me marierai avec elle, s’il le faut ! »

Il s’arrêta de nouveau. Son exaltation intérieure grandissait de minute en minute. Soudain, il joignit les mains, comme il faisait dans son enfance ; il leva les yeux et dit :

— Seigneur, viens à mon aide, instruis-moi, pénètre en moi pour me purifier !

Nekhludov priait. Il demandait à Dieu de pénétrer en lui pour le purifier : et cependant le miracle qu’il demandait dans sa prière s’était déjà accompli. Dieu, qui vivait en lui, avait repris possession de sa conscience. Et Nekhludov non seulement sentait la liberté, la bonté, la joie de la vie ; il sentait encore que tout était possible au bien. Tout le bien qu’un homme pouvait faire, il se sentait en état de le faire.

Et des larmes apparaissaient dans ses yeux, des larmes à la fois bonnes et mauvaises : bonnes, parce que c’étaient des larmes de bonheur, provoquées par l’éveil de cet être intérieur qui, durant des années, avait dormi en lui ; mais mauvaises aussi, parce que c’étaient des