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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/123

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Et il fit entrer Nekhludov dans une petite pièce qui se trouvait ouverte, sans doute le cabinet de quelque employé du tribunal. Tous deux s’assirent près de la table.

— Eh bien ! de quoi s’agit-il ?

— Je vous demanderai avant tout, — dit Nekhludov, — de faire en sorte que personne ne sache la part que je prends dans l’affaire dont j’ai à vous parler.

— Mais certainement, cela va de soi. Et alors ?…

— J’ai été juré, aujourd’hui, et nous avons condamné une femme aux travaux forcés. Or cette femme n’est pas coupable ! Cela me tourmente.

Malgré lui, Nekhludov rougit et se troubla. Faïnitzin le dévisagea d’un coup d’œil rapide ; après quoi il baissa de nouveau les yeux, et se remit à considérer le tapis vert de la table.

— Et alors ? — demanda-t-il.

— Nous avons condamné une innocente. Et je voudrais faire casser le jugement et transporter l’affaire devant une juridiction supérieure.

— Devant le Sénat, — précisa l’avocat.

— Et je suis venu vous demander de prendre cette affaire en main.

Nekhludov avait hâte de régler un point qui lui était particulièrement pénible à toucher ; de sorte qu’il ajouta aussitôt, sans reprendre haleine :

— Vos honoraires, et tous les frais que l’affaire pourra occasionner, si élevés qu’ils soient, je me charge de tout cela, bien entendu.

Et, pour la seconde fois, il se sentit rougir.

— Oui, oui, nous nous arrangerons toujours ! — répondit l’avocat en souriant complaisamment de l’inexpérience de son aristocratique client.

Nekhludov lui raconta brièvement l’affaire.

— Voilà ! Et maintenant je voudrais savoir ce qu’il y a à faire, — conclut-il.

— Parfait ! Dès demain je vais demander le dossier, et me mettre en état de vous renseigner. Voyons ! après-demain… Non, mettons plutôt jeudi… Donc, jeudi, vers