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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/122

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— Hôtel d’Italie ! — cria-t-il au cocher d’un fiacre qui passait. — Trente kopeks pour la course ! C’est le prix que je donne toujours.

— Que Son Excellence daigne monter !

— Toutes mes amitiés, — dit le président à Nekhludov en prenant congé de lui. — Et si je puis vous servir en quoi que ce soit : maison Dvornikov, rue Dvorianskaïa ; c’est aisé à retenir !

Et il s’éloigna, après avoir, une dernière fois, salué Nekhludov d’un léger signe de tête.


VII


L’entretien avec le président du tribunal, et aussi l’air frais du dehors, avaient un peu calmé Nekhludov. Il se dit que l’émotion extraordinaire qu’il venait d’éprouver tenait surtout à sa fatigue, et que les circonstances anormales où il s’était trouvé depuis le matin avaient dû contribuer encore à l’exagérer. « Mais, tout de même, songea-t-il, quelle stupéfiante et incroyable rencontre ! Il faut absolument que je fasse tout mon possible pour adoucir le sort de cette malheureuse, et cela au plus vite ! Et dès maintenant, pendant que je suis ici, je vais en profiter pour demander l’adresse de Faïnitzin ou de Mikinin. » C’étaient deux avocats célèbres, dont le nom lui était revenu en mémoire.

Retournant sur ses pas, il rentra au Palais de Justice, ôta de nouveau son pardessus, et monta l’escalier. Dans l’entrée même du corridor, il rencontra Faïnitzin. Il l’aborda, lui dit qu’il avait à s’entretenir avec lui. L’avocat, qui le connaissait de vue et savait son nom, s’empressa de lui répondre qu’il serait trop heureux de pouvoir lui être agréable.

— Je suis malheureusement un peu fatigué, et j’ai encore à faire ; mais vous pouvez toujours m’expliquer, en deux mots, de quoi il s’agit. Voulez-vous que nous entrions ici, pour un instant ?