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Page:Tolstoï - Qu’est-ce que l’art ?.djvu/209

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pouvoir naturel d’être ému par l’art se trouve atrophié, et dans leur évaluation des œuvres d’art ils sont forcés de se laisser guider par la discussion et l’étude, qui, toutes deux, achèvent encore de les dérouter. Et c’est ainsi que la plupart des hommes, dans notre société, sont absolument incapables de distinguer une œuvre d’art de sa plus grossière contrefaçon. Ces hommes se condamnent à rester assis des heures entières dans des théâtres pour entendre les pièces d’Ibsen, de Maeterlinck, ou de Hauptmann, ou de Wagner ; ils croient de leur devoir de lire d’un bout à l’autre les romans de Zola, Huysmans, Bourget, ou Kipling, de regarder des tableaux représentant ou bien des choses incompréhensibles, ou des choses qu’ils peuvent voir beaucoup mieux dans la vie réelle ; et surtout ils considèrent comme étant une nécessité pour eux d’être ravis de tout cela, s’imaginant que c’est là de l’art, tandis qu’au même moment des œuvres d’art véritable leur inspireront un parfait mépris, simplement parce que, dans leur cercle, ces œuvres ne sont point portées sur la liste des œuvres d’art.

Et ainsi, pour étrange que cela puisse paraître, j’affirme que parmi les hommes de notre société,