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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/98

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Lui-même est condamné pour meurtre aux travaux forcés, et maintenant, tout d’un coup, voilà qu’il ne peut pas tuer quand la loi l’ordonne. On l’a menacé de la bastonnade. « Frappez, a-t-il dit, moi je ne puis pas. »

Tout d’un coup, Nathalie Ivanovna rougit, et même devint tout en sueur.

— Est-ce qu’on ne pourrait pas, maintenant, leur pardonner ?

— Comment pardonner, quand ils sont condamnés par le tribunal ! Le tzar seul peut pardonner.

— Mais comment le tzar le saura-t-il ?

— On a le droit de demander la grâce.

— Mais c’est à cause de moi qu’on les exécute, dit la sotte Nathalie Ivanovna. Et moi je leur pardonne.

L’officier de police sourit.

— Eh bien, demandez.

— Peut-on faire cela ?

— Sans doute.

— Mais maintenant il n’y a plus le temps.

— On peut envoyer un télégramme.

— Au tzar ?

— Pourquoi pas ? On peut envoyer un télégramme au tzar.

La nouvelle que le bourreau avait refusé et était prêt à souffrir plutôt que de tuer, tout d’un coup avait retourné l’âme de Nathalie Ivanovna, et le sentiment de pitié et d’horreur qui plusieurs fois déjà avait voulu se faire jour s’élançait et la prenait toute.

— Mon cher Philippe Vassilievitch, écrivez-moi le télégramme. Je veux demander leur grâce au tzar.

L’officier de police hocha la tête.