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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/88

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et deux fois au loin, car on n’avait trouvé personne pour exécuter les arrêts des juges. Les paysans qui avaient tué Piotr Nikolaievitch avaient été jugés par un conseil de guerre, et deux d’entre eux avaient été condamnés à la peine de mort par pendaison.

Makhorkine fut mandé à Penza pour remplir ses fonctions. Auparavant, en pareil cas, il écrivait aussitôt — il lisait et écrivait très bien — une requête au gouverneur, dans laquelle il expliquait qu’étant envoyé à Penza pour remplir un devoir, il demandait qu’on lui donnât l’argent lui revenant pour le séjour et la nourriture.

Mais cette fois, à l’étonnement du directeur de la prison, il déclara qu’il ne partirait pas et ne ferait plus fonctions de bourreau.

— Et les bâtons ? as-tu oublié ? s’écria le directeur de la prison.

— Eh bien ! Quoi ! les bâtons ? Soit ! Mais pour tuer il n’existe pas de loi.

— Quoi ! C’est de Pelaguschkine que tu as appris cela ? Et voilà, tu as trouvé un prophète en prison ! Prends garde !


VI


Pendant ce temps, Makhine, ce lycéen qui avait enseigné à son camarade à fabriquer un faux coupon, avait terminé ses études au lycée et à la faculté de droit. Grâce à ses succès auprès des femmes, surtout auprès d’une ancienne maîtresse d’un vieillard adjoint au ministre, tout jeune encore, il était nommé juge d’instruction. C’était un homme malhonnête, criblé de dettes, joueur et séducteur