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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/87

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— Je n’y arrive pas.

— Mais, connais-tu le Pater ?

— Oui.

— Si tu le connais, alors, lis-le, le voilà.

Et le surveillant lui indiqua dans l’évangile le passage où se trouve cette prière.

Stepan se mit à lire en comparant les lettres qu’il connaissait avec les sons qu’il connaissait.

Et tout d’un coup, le mystère de la composition des syllabes lui fut révélé : et il commença à lire. Ce fut une grande joie. Depuis il se mit à lire, et le sens qui se dégageait peu à peu des mots difficilement compris, recevait pour lui une importance encore plus grande.

Maintenant l’isolement ne lui pesait plus mais le réjouissait, et il fut contrarié quand on le plaça de nouveau dans la salle commune, parce qu’on avait besoin de sa cellule pour des criminels politiques qui venaient d’être amenés.


V


Maintenant ce n’était plus Tchouieff mais Stepan qui, dans la salle, lisait souvent l’évangile. Parmi les prisonniers, les uns chantaient des chansons obscènes, les autres écoutaient sa lecture et ses causeries sur ce qu’il avait lu. Deux, en particulier, l’écoutaient toujours en silence et attentivement : un forçat, un assassin, employé comme bourreau, Makhorkine, et Vassili, pris pour vol, et incarcéré dans la même prison en attendant d’être jugé. Depuis qu’il était en prison, Makhorkine avait deux fois rempli les fonctions de bourreau,