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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/80

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et on conduisit Stepan à l’hôpital. Le lendemain il était complètement rétabli ; on le fit sortir de l’hôpital, mais au lieu de le remettre en cellule on le plaça dans la salle commune.

Dans cette salle il vécut avec les vingt prisonniers qui se trouvaient là, comme s’il eût été seul. Il ne regardait personne, ne parlait à personne, et continuait à être tourmenté. Ce qui lui était particulièrement pénible, c’est quand tous dormaient et que lui ne dormait pas, et, comme auparavant, la voyait et entendait sa voix, après quoi, de nouveau, paraissaient les visions noires, avec leurs yeux effrayants et qui l’irritaient.

De nouveau, comme auparavant, il récitait ses prières, mais, comme auparavant, les prières ne le soulageaient point. Une fois, après ses prières, elle lui apparut de nouveau. Alors il se mit à la prier, à prier son âme, pour qu’elle lui pardonnât, et quand, vers le matin, se laissant tomber sur sa paillasse, il s’endormit d’un profond sommeil, il la vit en rêve, avec son cou maigre, ridé, tranché. — « Eh bien, tu me pardonneras ? » Elle le regardait de ses yeux doux, mais ne répondait rien. « Tu me pardonneras ? » Il l’interrogea ainsi trois fois, sans qu’elle répondit, et il s’éveilla. À dater de ce moment il se sentit mieux. Il semblait en avoir pris le dessus. Il regardait autour de lui, et pour la première fois il commença à se rapprocher de ses compagnons et à causer avec eux.


III


Dans la salle où était enfermé Stepan se trouvait Vassili, arrêté de nouveau pour vol et qui