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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/79

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il l’avait achevé d’un coup de pierre. Il se rappelait sa première détention, sa sortie de prison, puis le gros cabaretier, sa femme, le charretier, les enfants, et ensuite de nouveau c’était elle qui se présentait à son souvenir. Alors, saisi d’horreur, il laissait tomber de ses épaules sa capote, sautait à bas de sa planche et, comme une bête en cage, se mettait à marcher rapidement d’un bout à l’autre de sa cellule, faisant une brusque volte-face devant le mur humide, souillé. Et de nouveau il récitait ses prières. Mais les prières ne le soulageaient plus.

Par une longue soirée d’automne, pendant laquelle le vent sifflait et gémissait dans les tuyaux, après avoir marché à travers sa cellule, il s’assit sur sa planche, éprouvant la certitude qu’il n’y avait plus à lutter, que les visions noires étaient victorieuses et qu’il n’avait plus qu’à se soumettre à elles. Depuis longtemps il avait examiné attentivement la bouche de chaleur de son poêle. « Si l’on mettait autour une cordelette ou une bande d’étoffe, alors ça ne glisserait pas… » Mais il fallait faire cela adroitement. Et il se mit à l’œuvre. Pendant deux jours, avec l’enveloppe de la paillasse sur laquelle il couchait, il prépara des bandes. (Quand le surveillant entrait dans sa cellule il couvrait sa planche avec sa capote.) Il unissait des bandes par des nœuds et les mettait doubles afin qu’elles pussent soutenir son corps sans se rompre. Pendant qu’il faisait ces préparatifs, il ne souffrit pas. Quand tout fut prêt, il fit un nœud coulant, y passa son cou, puis grimpa sur sa couchette et se pendit. Mais à peine la langue commençait-elle à sortir que les bandes se rompirent et il tomba. Le surveillant accourut au bruit. On appela l’infirmier