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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/60

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XVII


Piotr Nikolaievitch était devenu autre envers le peuple, et le peuple était devenu autre envers lui. L’année ne s’était pas écoulée qu’on lui avait coupé vingt-sept chênes et incendié une grange non assurée. Piotr Nikolaievitch décida qu’il était impossible de vivre avec les paysans d’ici.

Il se trouva que les Livensoff cherchaient alors un intendant pour leur propriété, et le maréchal de la noblesse leur recommanda Piotr Nikolaievitch comme le meilleur propriétaire du district. Le domaine des Livensoff était immense mais ne donnait pas de revenu : les paysans profitaient de tout. Piotr Nikolaievitch se chargea de remettre tout en ordre, et, après avoir loué sa propriété, il partit avec sa femme dans la lointaine province du bassin de la Volga.

Piotr Nikolaievitch avait toujours aimé l’ordre et la légalité, et maintenant plus que jamais il ne pouvait admettre que ces paysans grossiers et sauvages pussent, contrairement à la loi, accaparer une propriété qui ne leur appartenait pas. Il était heureux de l’occasion de leur donner une leçon, et il se mit à l’œuvre avec ardeur. Il fit mettre en prison un paysan qui avait volé du bois ; frappa fortement un autre qui n’avait pas garé sa charrette sur la route et n’avait pas soulevé son bonnet. Au sujet de certaines prairies que les paysans considéraient comme leur appartenant, Piotr Nikolaievitch leur déclara que s’ils y mettaient leur bétail, il le confisquerait.

Le printemps venu, les paysans lâchèrent leur bétail dans les prairies du maître, comme ils le