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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/382

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Ou les gens sauront et le diront à ma femme, ou moi-même, je le lui dirai, parce que je ne puis pas mentir ni vivre ainsi. Je ne le puis pas… Tout se saura… Tous apprendront, et Parasha, et le forgeron… Eh bien ! Est-ce qu’on ne peut pas vivre ainsi ? Non, on ne le peut pas… Il n’y a que deux issues : la tuer ou tuer ma femme… Ou encore… oui… Il y en a une troisième : me tuer, prononça-t-il tout bas, et, tout d’un coup, un frisson courut sur sa peau. — Oui, se suicider, et alors, point n’est besoin de les tuer. »

Il frissonnait d’horreur, précisément parce qu’il sentait que cette solution était la seule possible. « J’ai un revolver… Est-ce que je vais me tuer ? Voilà une chose à laquelle je n’avais jamais pensé… Comme ce sera étrange… »

Il rentra à la maison, dans sa chambre, et, aussitôt, ouvrit le tiroir dans lequel était son revolver. Mais avant qu’il eût eu le temps de le sortir de son étui sa femme entra.


XX

Il jeta un journal sur le revolver.

— Toujours la même chose ? dit-elle, inquiète, en le regardant.

— Quoi ? Quelle même chose ?

— La même expression terrible que tu as eue autrefois, quand tu n’as pas voulu me dire… Mon chéri, dis-moi ce que tu as… Je vois que tu souffres. Parle, cela te soulagera… N’importe quoi, plutôt que tes souffrances. Je sais que cela ne peut être rien de mauvais…