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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/381

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Il se rendit dans les champs et se mit à réfléchir. « Oui, pour moi il y a deux vies possibles : l’une, celle que j’ai commencée avec Lise, les fonctions publiques, l’exploitation, l’enfant, le respect des gens. Pour continuer cette vie, il faut que Stepanida ne soit plus. Il faut l’éloigner, comme je le disais, ou de quelque façon qu’elle disparaisse. L’autre vie est celle-ci : l’enlever à son mari, lui donner de l’argent, braver la honte et vivre avec elle… Mais alors, il faut que ni Lise, ni Mimi (l’enfant) n’existent… Non, pourquoi… L’enfant ne gêne pas… Mais il faut que Lise disparaisse, qu’elle parte, sache, me maudisse, mais parte… Quelle sache que je l’ai délaissée pour une paysanne, que je suis un trompeur, un lâche… Non, c’est trop horrible ! Non, cela ne se peut pas !… Oui, mais cela s’arrangera peut-être d’une autre façon… Lise peut tomber malade… mourir… Elle morte, alors tout ira bien.

« Bien !… Misérable ! Non, si l’une d’elles doit mourir, plutôt l’autre. Si Stepanida mourait, ce serait bien… Oui, voilà comment on empoisonne ou tue des femmes, des maîtresses. Prendre un revolver, la faire venir, et au lieu des baisers… pan, dans la poitrine… et tout est terminé… C’est le diable ! Oui, vraiment, le diable. C’est contre ma volonté qu’elle a pris possession de moi… La tuer ? Oui… Il n’y a que deux issues : la tuer ou tuer ma femme… Car vivre ainsi c’est impossible, impossible !… Il faut réfléchir et tout envisager… Laisser les choses telles qu’elles sont, alors qu’adviendra-t-il ? Il adviendra que je me promettrai de nouveau de ne plus la voir, de renoncer à elle, mais je le dirai seulement, et le soir je l’attendrai, et elle le saura et viendra…