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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/379

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ne cessant de caresser du regard l’image connue et belle de la jeune femme, il sentit qu’il était perdu, perdu sans retour. De nouveau les souffrances, de nouveau toute cette horreur, et il n’y avait plus de salut.

Ce qu’il craignait arriva. Le lendemain, le soir, ne sachant lui-même comment, il se trouva près de la haie de sa cour, en face de la grange au foin, où une fois, en automne, ils avaient eu un rendez-vous. Comme s’il était venu en se promenant, il s’arrêta là, et se mit à fumer une cigarette. Une voisine l’aperçut, et, en retournant dans le même endroit, il l’entendit qui disait à quelqu’un : « Va, il t’attend depuis une heure. Va donc, sotte ! » Il ne pouvait plus rebrousser chemin parce qu’un paysan allait à sa rencontre, mais il aperçut une femme, elle, qui courait du côté de la grange.


XIX

Et la vieille histoire recommença, mais avec une force décuplée. Le soir, il pensait, pensait des choses terribles. Il pensait que sa vie était vide, ennuyeuse, et que la vraie vie était là-bas, avec cette femme robuste, énergique, toujours gaie. La prendre, la mettre dans une voiture, ou dans le train, et disparaître dans le steppe, ou en Amérique… Et différentes idées semblables lui venaient en tête.

Quand il entra dans le salon tout lui parut bizarre, non naturel.

Le matin encore il s’était levé courageux,