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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/378

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On était en plein été, la route était belle, le soleil clair. En s’approchant de chez lui, Eugène pensait comment, grâce à cette élection, il allait occuper parmi le peuple la situation qu’il avait toujours souhaité d’avoir, c’est-à-dire qu’il pourrait le servir non seulement par les produits que donne le travail, mais par l’influence directe. Il se représentait comment, d’ici trois ans, on le jugerait, sa femme et les autres, les paysans, celui-ci, par exemple, pensa-t-il en traversant le village et regardant un paysan et une femme qui venaient à sa rencontre, portant un seau d’eau. Ils s’arrêtèrent pour laisser passer le tarentass. Le paysan était le vieux Petchnikoff, et la femme, Stepanida.

Eugène la regarda, la reconnut, et, avec joie, sentit qu’il restait tout à fait calme. Elle était aussi attirante mais cela ne le troublait nullement. Il arriva à la maison.

Sa femme l’attendait sur le perron. La soirée était merveilleuse.

— Eh bien ! Peut-on féliciter ? demanda l’oncle.

— Oui. Je suis élu.

— C’est magnifique. Il faut maintenant arroser.

Le lendemain matin, Eugène alla dans la propriété qu’il avait un peu négligée. Dans le hameau fonctionnaient de nouvelles machines à battre le blé. Pour examiner le travail Eugène circulait parmi les femmes, tâchant de ne pas faire attention à elles. Mais, malgré ses efforts, deux fois il remarqua les yeux noirs et le fichu rouge de Stepanida, qui apportait de la paille ; deux fois il la regarda à la dérobée, et, de nouveau, ressentit quelque chose, mais quoi, il ne pouvait s’en rendre compte.

Mais le lendemain, quand il retourna de nouveau au hameau où sans nécessité il resta deux heures,