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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/374

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— C’est-à-dire… Pourquoi veux-tu… Tu ne l’as pas encore trahie…

— Oh ! c’est tout comme si je l’avais trahie. Si je ne l’ai pas fait, ce n’est pas de ma faute… J’étais prêt… On m’en a empêché, sans quoi, maintenant… maintenant je ne sais pas ce que j’aurais fait…

— Mais, voyons, explique-toi.

— Eh bien, voilà. Quand j’étais célibataire, j’ai fait la sottise d’avoir des relations avec une femme de notre village… c’est-à-dire nous nous rencontrions dans le bois, dans les champs.

— Est-elle jolie ? — demanda l’oncle.

À cette question Eugène fronça les sourcils, mais il avait tellement besoin d’aide qu’il eut l’air de ne pas avoir entendu et continua :

— Eh bien, je pensais que c’était sans importance, qu’une fois la rupture tout serait terminé. Et, en effet, j’ai rompu avant mon mariage, et pendant presque une année, je ne l’ai pas vue et n’ai point pensé à elle. — Eugène était étonné de s’entendre décrire ainsi son état d’âme. — Mais tout d’un coup, je ne sais même comment, vraiment je crois parfois à la fascination, je l’ai revue, et le ver s’est glissé dans mon cœur et le ronge. Je m’injurie, je comprends toute l’horreur de mon acte, c’est-à-dire de celui que je suis prêt à commettre à la première occasion, et malgré cela je continue à chercher cette occasion, et jusqu’à présent c’est Dieu seul qui m’a sauvé. Hier, j’allais la rejoindre quand Lise m’a appelé.

— Comment, pendant la pluie…

— Oui. Je suis exténué, oncle, et j’ai résolu de me confesser à vous et de vous demander aide.

— Oui, sans doute… dans ton village, ce n’est