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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/373

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L’oncle venait comme ambassadeur nommé par soi-même pour lui parler de Lise.

— Sais-tu, qu’en effet, j’ai remarqué en toi un changement, et je comprends que cela tourmente ta femme. Évidemment c’est pénible pour toi d’abandonner cette belle affaire que tu as commencée, mais que veux-tu, je te conseillerais de partir. Vous serez plus tranquilles tous les deux. Mais, sais-tu, je te conseillerais de partir en Crimée : le climat y est très beau, il y a là-bas un très bon accoucheur et vous vous y trouverez juste à la saison du raisin.

— Oncle ! fit tout à coup Eugène. Pourrez-vous garder mon secret… un secret honteux, terrible pour moi ?

— Que dis-tu ? Peux-tu douter de moi…

— Oncle, vous pouvez m’aider, et non seulement m’aider mais me sauver, dit Eugène. Et l’idée de dévoiler son secret à son oncle qu’il n’estimait pas, la pensée qu’il allait se montrer à lui sous le plus vilain jour, s’humilier devant lui, lui était agréable. Il se sentait lâche, coupable, et voulait se punir.

— Parle, mon ami ; tu sais combien je t’aime, dit l’oncle, visiblement très content de cette circonstance qu’il y avait un secret, un secret honteux, qu’il en serait le confident et qu’il pourrait être utile.

— Avant tout je dois vous dire que je suis une crapule, une canaille, un misérable lâche…

— Que dis-tu ? fit l’oncle, en enflant son gosier.

— Comment ne suis-je pas un misérable quand moi, mari de Lise, de Lise — il faut connaître sa pureté, son affection — quand moi, son mari, je veux la tromper avec une paysanne ?