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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/368

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retourna point, mais il resta là assez longtemps. Mon Dieu ! avec quels attraits son imagination la lui présentait ! Et ce n’était pas une fois, mais cinq, six fois, et chaque fois plus fortement. Jamais elle ne lui avait paru aussi attrayante, et jamais elle ne l’avait possédé aussi entièrement.

Il sentait qu’il n’était plus maître de soi, qu’il devenait presque fou. Sa sévérité pour lui-même ne faiblissait point ; au contraire, il se rendait compte de toute la monstruosité de ses désirs, même de ses actes : car ses attentes dans le bois étaient des actes. Il savait qu’il lui suffirait de la rencontrer quelque part, dans un lieu sombre, de la toucher, pour qu’il s’abandonnât à sa passion. Il savait que seule la honte devant les gens, devant elle, et probablement devant soi-même, le retenait. Et il savait qu’il cherchait les conditions dans lesquelles cette honte ne serait pas remarquée : l’obscurité, ou un attouchement qui étoufferait en lui cette honte par la passion bestiale. Il se regardait donc comme un immonde criminel, et se méprisait et se haïssait de toutes les forces de son âme. Il se haïssait parce qu’il ne cédait pas encore. Chaque jour il priait Dieu de le fortifier, de le sauver de la perte ; chaque jour il décidait de ne plus faire un seul pas, de ne plus la regarder, de l’oublier ; chaque jour il imaginait des moyens pour se débarrasser de cette obsession et les mettait en pratique.

Mais tout était inutile.

Un des moyens était de s’occuper sans cesse ; un autre, le travail physique et le jeûne ; un troisième, l’analyse claire de la honte qui devait retomber sur sa tête quand tous, et sa femme et sa belle-mère, sauraient cela. Il faisait tout cela,