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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/367

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bois, tantôt au jardin, tantôt dans la grange, et partout, non seulement la pensée, mais l’image vivante de Stepanida le poursuivait ; de sorte qu’il ne parvenait que rarement à l’oublier. Cela n’était rien encore, peut-être eût-il pu vaincre ce sentiment, mais le pire de tout c’était que lui, qui, auparavant, demeurait des mois sans la voir, maintenant la rencontrait à chaque instant. Évidemment elle avait compris qu’il désirait renouer les relations anciennes, et elle tâchait de le rencontrer. Mais comme ni l’un ni l’autre n’avait rien dit, il n’y avait donc pas rendez-vous, ils faisaient seulement en sorte de se rencontrer.

Le meilleur endroit pour cela était le bois où les femmes allaient, avec des sacs, chercher de l’herbe pour les vaches. Eugène savait cela, et chaque jour il passait devant le bois. Chaque jour il se disait qu’il n’irait pas, et chaque jour il se dirigeait vers le bois, écoutait le son des voix, et s’arrêtait, avec un battement de cœur, derrière un buisson, épiant si ce n’était pas elle. Quel besoin avait-il de savoir si c’était elle ? Il ne le savait pas. Si c’eût été elle, et même seule, il ne fût pas allé à sa rencontre, — à ce qu’il pensait, — il l’eût fuie ; mais il avait besoin de la voir.

Une fois il la rencontra. Comme il allait rentrer dans le bois elle en sortit avec deux autres femmes, un lourd sac plein d’herbe sur le dos. Un instant plus tôt, et peut-être l’eût-il rencontrée dans le bois ; tandis que maintenant il lui était impossible, devant les autres femmes, d’y retourner avec lui. — Malgré cette impossibilité, dont il se rendit compte, longtemps, au risque d’attirer l’attention des autres femmes, il se tint derrière le buisson de noisetiers. Naturellement elle ne