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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/365

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chercher… Moi, j’ai fait ce que j’ai cru le mieux.

— Oui, je me rappelle très bien comment vos chevaux ont failli me jeter sur un perron…

C’était son invention, qui datait de longtemps ; mais cette fois Eugène eut l’imprudence de dire que les choses s’étaient passées pas tout à fait comme elle le prétendait.

— Ce n’est pas en vain que je dis toujours… et combien de fois l’ai-je dit au prince, que rien n’est plus pénible que de vivre avec des gens injustes et faux. Je supporterai tout, mais pas cela.

— Si c’est pénible pour quelqu’un, c’est surtout pour moi, dit Eugène.

— Oui, cela se voit.

— Quoi ?

— Rien, je compte les mailles.

À ce moment Eugène se trouvait près du lit. Lise le regardait. D’une de ses mains moites, qui étaient sur la couverture, elle lui saisit la main et la serra. « Supporte-la pour moi ; elle ne nous empêchera pas de nous aimer, » disait son regard.

— Je ne ferai rien, lui murmura-t-il en baisant sa longue main humide, puis ses beaux yeux qui se fermèrent sous son baiser.

— Sera-ce encore la même chose ? demanda-t-il. Comment te sens-tu ?

— C’est terrible de se tromper, mais j’ai le sentiment qu’il vit et vivra, dit-elle en regardant son ventre.

— Ah ! c’est terrible, c’est terrible, même à penser !

Malgré l’insistance de Lise pour qu’il s’en allât, Eugène passa la nuit près d’elle, ne dormant que