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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/361

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— Mais il n’y a point à causer… Oh ! Eugène Ivanovitch, pourquoi vous fourrer tout cela en tête ! C’est passé, oublié !… Tout arrive… Et maintenant qui oserait dire de vous quelque chose de mal ?

— Malgré cela… parlez…

— Bon. Je lui parlerai, bien que je sois convaincu qu’il n’en sortira rien.

Cette conversation calma un peu Eugène. Surtout il sentait qu’à cause de son émotion il exagérait le danger. Est-ce qu’il était allé à un rendez-vous avec elle ? Mais non, il allait tout simplement se promener dans le jardin, et, par hasard, elle y était venue.


XIII

Le jour de la Trinité, après le dîner, Lise qui se promenait dans le jardin, en voulant franchir un petit fossé pour aller dans une prairie, où son mari voulait lui montrer le trèfle, fit un faux-pas et tomba. Elle tomba doucement sur le côté, fit un ah ! et sur son visage son mari aperçut non seulement une expression de peur mais de souffrance. Il voulut la relever ; elle l’écarta de la main.

— Non, Eugène, attends un peu, dit-elle en souriant faiblement et, comme il lui semblait, en le regardant d’un air coupable, c’est tout simplement mon pied qui a tourné.

— Voilà ! il y a longtemps que je l’ai dit ; dans une pareille situation, est-ce qu’on peut sauter les fossés ! reprochait Varvara Alexievna.