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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/359

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Il se rappela avoir lu l’histoire d’un vieillard, qui, pour échapper à la séduction d’une femme à laquelle il devait imposer la main, pour la guérir, plaçait son autre main sur un réchaud ardent. « Oui, je suis prêt à me brûler la main plutôt que de succomber. » Et regardant autour de lui, constatant qu’il était seul dans la chambre, il enflamma une allumette et en approcha ses doigts. « Eh bien ! pense à elle, maintenant ! » se dit-il ironiquement. Sentant la brûlure, il retira ses doigts noircis, jeta l’allumette et, riant de soi : « Quelle bêtise ! Ce n’est pas cela qu’il faut faire. Il faut prendre des mesures pour ne plus la voir… Partir ou l’éloigner… Oui, l’éloigner. Donner de l’argent à son mari pour qu’il s’installe dans un autre village. On le saura… On parlera… Eh bien ! cela vaut mieux ! Tout plutôt que ce danger. Oui, il faut faire cela, » se disait-il, sans la quitter des yeux. « Où va-t-elle ? » se demanda-t-il tout à coup. Il lui sembla qu’elle l’avait aperçu près de la fenêtre, et, après avoir jeté un regard sur lui, elle s’en allait bras dessus bras dessous avec une femme quelconque, et se dirigeait vers le jardin, en balançant son bras libre.

Ne sachant lui-même pourquoi, Eugène prit le chemin de son bureau.

Vassili Nikolaievitch, en redingote neuve, pommadé, prenait le thé avec sa femme et une invitée en châle-tapis.

— Dites-moi, Vassili Nikolaievitch, puis-je vous entretenir un instant ?

— S’il vous plaît. Nous avons terminé.

— Non, allons plutôt dehors.

— Tout de suite. Ma casquette, Tania, et mets