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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/352

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— Mais je n’en veux pas ! Je n’en veux pas !

— Lise ! Lise ! pas si vite ! cria Marie Pavlovna. — Ces mouvements rapides sont très mauvais pour elle.

— Rien n’est mauvais quand il y a la tranquillité morale, déclara Varvara Alexievna, semblant faire allusion à quelque chose, bien qu’elle sût elle-même que ces paroles ne pouvaient faire allusion à rien.

Lise revint apportant la crème.

Eugène prenait son café, et écoutait, taciturne. Il était habitué à de pareils entretiens, mais aujourd’hui, l’insanité de celui-ci l’irritait particulièrement. Il voulait réfléchir à ce qui lui était arrivé et ce papotage l’en empêchait. Quand elle eut terminé son café, Varvara Alexievna partit, de mauvaise humeur. Quand Eugène, Lise et Marie Pavlovna se trouvèrent seuls, la conversation devint simple et agréable. Mais, très intuitive par l’amour, Lise remarqua aussitôt que quelque chose tourmentait Eugène, et elle lui demanda si rien de désagréable ne lui était arrivé. Il n’était pas préparé à cette question, et il s’embrouilla un peu en répondant qu’il ne lui était rien arrivé. Et cette réponse fit réfléchir Lise encore davantage. Le fait que quelque chose le tourmentait, et même le tourmentait beaucoup, était pour elle aussi évident que le fait qu’une mouche venait de tomber dans le lait. Mais il ne voulait pas dire ce qu’il avait. Qu’était-ce donc ?


XI

Après le déjeuner tous se séparèrent. Eugène, comme d’habitude, alla dans son bureau. Il ne se