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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/348

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à la journée, puisqu’elle devait garder son enfant, et lui allait très rarement au village.

Ce matin, veille de la Trinité, Eugène se leva à cinq heures du matin et partit dans les champs où l’on devait mettre des phosphates. Il sortit de la maison avant que les jeunes femmes y fussent entrées. Mais elles étaient dans la cuisine, près du fourneau à chauffer l’eau.

Heureux, content, très affamé, Eugène retourna pour le déjeuner. Il descendit de cheval près de la porte charretière, et, ayant remis sa monture entre les mains du jardinier qui passait par là, en frappant de sa cravache l’herbe haute et répétant une phrase, comme cela lui arrivait souvent, il se dirigea vers la maison. La phrase qu’il répétait c’était : « Les phosphates rendront. » Quoi ? À qui ? Il n’y songeait nullement. Dans la cour on battait les tapis. Tous les meubles étaient sortis. « Mon Dieu, quel nettoyage a fait Lise ! Les phosphates rendront. En voilà une maîtresse de maison ! Oui, quelle ménagère ! » se disait-il, et il se la représenta vivement en robe de chambre blanche, avec ce visage rayonnant de bonheur qu’elle avait presque toujours quand il la regardait. « Oui, il faut changer de bottes, autrement… les phosphates rendront, c’est-à-dire, ça sentira le fumier, et la patronne est dans une telle situation… Pourquoi est-elle dans une telle situation ?… Oui, là-bas grandit un nouveau petit Irténieff, pensa-t-il. Oui, les phosphates rendront. » Et, en souriant à ses pensées, il poussa la porte de sa chambre. Mais au même moment, la porte s’ouvrit, tirée de l’intérieur, et il se trouva nez à nez avec une femme qui en sortait, un seau à la main, la jupe retroussée, pieds nus, les manches haut rele-