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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/347

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IX

C’était la veille de la Trinité. Lise était enceinte de cinq mois, et, bien qu’elle prît beaucoup de précautions, elle était gaie et se remuait beaucoup. Les deux mères, celle de Lise et celle d’Eugène, qui vivaient chez eux sous prétexte de veiller sur Lise, ne faisaient que l’ennuyer par leurs querelles. Eugène s’occupait avec une ardeur particulière d’une nouvelle culture en grand de la betterave.

À l’approche de la Trinité, Lise avait résolu de procéder au nettoyage à fond de la maison, qu’on n’avait pas fait depuis Pâques, et, pour aider à ses domestiques, elle fit venir deux femmes de journée pour laver les parquets, les fenêtres et les meubles, battre les tapis, mettre les housses. Le matin, de bonne heure, les femmes vinrent préparer les seaux d’eau et se mirent au travail. L’une de ces deux femmes était Stepanida, qui venait de sevrer son petit garçon et qui, par un employé, s’était fait demander : elle voulait voir de près la nouvelle dame. Stepanida vivait comme auparavant, sans son mari, et faisait des frasques comme autrefois avec le vieux Danilo, qui l’avait surprise une fois volant du bois, ensuite avec le maître, puis avec le jeune employé du bureau.

Elle ne pensait plus au maître. « Maintenant il a sa femme, se disait-elle ; mais cela me fera plaisir de voir madame et son installation : on dit que c’est très bien arrangé chez eux. »

Eugène ne l’avait pas revue depuis qu’il l’avait rencontrée avec l’enfant. Elle ne travaillait pas