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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/344

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noble, et que, par conséquent, il était du devoir de tous de faire tout pour être agréable à cet Irténieff ; mais comme on ne pouvait forcer tout le monde à agir ainsi, alors elle-même devait y employer toutes ses forces. Et elle faisait ainsi. Toutes ses forces morales étaient appliquées à deviner ses goûts et ses désirs, puis à les satisfaire, quelque difficile que cela fût. Il y avait en elle ce qui fait le charme principal du commerce avec la femme aimante. Grâce à son amour pour son mari, elle savait lire dans son âme. Elle sentait — mieux que lui-même, lui semblait-il — l’état de son âme, la moindre nuance de ses sentiments, et agissait en conséquence. C’est pourquoi elle ne heurtait jamais ses sentiments, mais toujours adoucissait les impressions pénibles et amplifiait les impressions joyeuses. Et non seulement elle comprenait ses sentiments, mais ses pensées même. Les choses les plus étrangères pour elle : l’agriculture, la raffinerie, l’appréciation des gens, lui devenaient accessibles d’un coup, et elle savait être pour lui une interlocutrice et souvent même une conseillère utile, irremplaçable. Sur les choses, les gens, sur tout au monde, elle ne regardait qu’avec ses yeux. Elle aimait sa mère, mais s’étant aperçue que son immixtion dans leur vie était désagréable à Eugène, elle se rangea tout de suite du côté de son mari, et si résolument qu’il dût lui-même la modérer.

En outre, elle possédait énormément de goût, de tact, et de douceur. Tout ce qu’elle faisait se faisait sans qu’on le remarquât ; on n’en voyait que le résultat ; et en tout elle apportait la propreté, l’ordre, l’élégance. Lise avait compris d’un coup quel était l’idéal de son mari et s’était