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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/340

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ments. En effet, il arriva ce qu’il pressentait. Marie Pavlovna, sans arrière-pensée apparente, raconta que cette année il ne naissait presque que des garçons, que c’était probablement signe de guerre. Chez les Vassine, chez les Petchnikoff, le premier-né était aussi un garçon. Marie Pavlovna voulait raconter cela sans avoir l’air d’y toucher, mais à son tour elle fut prise de honte quand elle vit la rougeur du visage de son fils, ses mouvements nerveux avec son pince-nez et ses façons hâtives d’allumer une cigarette. Elle se tut ; il ne sut comment rompre ce silence, et tous deux demeurèrent convaincus de s’être compris.

— Oui, le principal, à la campagne, c’est la justice, pour qu’il n’y ait pas de favoris comme chez ton oncle.

— Maman ! fit tout d’un coup Eugène, je sais pourquoi vous dites tout cela. Mais c’est inutile. Ma future vie de famille est pour moi une chose sacrée, à laquelle, en aucun cas, je ne porterai atteinte. Tout ce qu’il y a eu dans ma vie de garçon est complètement fini ; je n’ai jamais eu aucune liaison durable et personne n’a aucun droit sur moi.

— C’est bien ; j’en suis heureuse, dit la mère. Je connais tes nobles sentiments.

Eugène accepta les paroles de sa mère comme un tribut mérité et se tut.

Le lendemain matin il partit en ville. Il pensait à sa fiancée, à tout au monde excepté Stepanida. Mais, comme exprès pour la rappeler à lui, en approchant de l’église, il rencontra des gens qui en revenaient à pied et en voiture. Il y avait le vieux Matthieu avec Semen, des enfants, des