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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/339

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intimes. Ayant terminé une patience, sans en recommencer une autre, Marie Pavlovna regarda Eugène et, un peu hésitante, commença ainsi :

— Voici, Eugène, ce que je voulais te dire. Sans doute je ne sais rien, mais, en général, mon conseil est, qu’avant le mariage, il faut en finir complètement avec toutes les aventures de célibataire, afin que ni toi, ni (Dieu préserve) ta femme, ne puissent être inquiétés plus tard. Tu me comprends ?

En effet, Eugène comprit aussitôt que Marie Pavlovna faisait allusion à ses relations avec Stepanida, rompues depuis l’automne, et que, comme la plupart des femmes qui vivent seules, elle attachait à ces relations beaucoup plus d’importance qu’elles n’en avaient. Eugène rougit moins de honte que de dépit, de voir la bonne Marie Pavlovna se mêler — par affection, il est vrai, mais en somme se mêler — de choses qu’elle ne comprenait pas et ne pouvait comprendre. Il l’assura qu’il n’avait rien à redouter, car il s’était toujours conduit de façon à ce que rien ne pût entraver son mariage.

— C’est très bien, mon ami. Ne t’offense pas, Eugène, dit Marie Pavlovna confuse.

Mais Eugène remarqua qu’elle n’avait point terminé et n’avait pas dit ce qu’elle voulait dire. Il en était bien ainsi. Un peu plus tard elle se mit à lui raconter qu’en son absence on lui avait demandé d’être marraine chez… les Petchnikoff. Eugène rougit de nouveau, et cette fois non plus de dépit ou de honte mais d’un sentiment étrange, de la conscience de l’importance de ce qu’on allait lui apprendre, de la conscience de quelque chose complètement en désaccord avec tous ses raisonne-