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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/330

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— Je vois de tout cela qu’il faut payer, dit le fils. Demain j’irai chez elle et lui demanderai si l’on ne pourrait pas obtenir un délai.

— Oh ! que je te plains ! Mais cela vaut mieux. Dis-lui d’attendre, conseilla Marie Pavlovna, évidemment calmée et fière de la décision de son fils.

La situation d’Eugène était encore rendue difficile du fait que sa mère, qui vivait avec lui, ne la comprenait pas du tout. Toute sa vie elle avait vécu si largement qu’elle ne pouvait s’imaginer la situation dans laquelle se trouvait son fils, et qui était telle que, d’un jour à l’autre, ils pouvaient se trouver sans rien, obligés de vendre tout, n’ayant plus pour vivre tous deux que les appointements d’Eugène qui atteindraient tout au plus deux mille roubles. Elle ne comprenait pas que pour sortir de cette situation il fallait diminuer les dépenses sur toutes choses, et elle s’étonnait de voir Eugène économiser sur les jardiniers, les cochers et même sur les dépenses de table.

En outre, comme la plupart des veuves, elle avait pour la mémoire de son défunt mari un sentiment d’adoration qui dépassait considérablement tout ce qu’elle avait ressenti pour lui de son vivant, et elle n’admettait pas même l’idée que ce qu’avait fait son mari pouvait être mal ou être modifié.

Eugène, avec de grandes difficultés, entretenait le jardin et la serre avec deux jardiniers, et avait deux cochers pour l’écurie ; mais Marie Pavlovna, de ce qu’elle ne se plaignait pas de la cuisine préparée par le vieux chef, ni du fait que toutes les allées du jardin n’étaient pas soigneusement ratissées, ni de ce qu’au lieu de valets il n’y avait