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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/327

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contraire ; qu’elle soit seulement bien portante et moins d’histoires ; une femme de soldat ou quelque chose comme ça.

— Compris. C’est Stepanida qu’il vous faut. Son mari travaille en ville, c’est juste comme une femme de soldat, et une jolie femme, très propre, vous serez content. L’autre jour déjà, je lui ai dit : Viens, et elle…

— Alors quand ?

— Mais demain, si vous voulez. J’irai chercher du tabac et je passerai chez elle. Venez ici à midi, ou dans le potager, près du bain. Il n’y a personne à ce moment, car après le dîner tous font la méridienne. C’est bien.

Une émotion extraordinaire s’était emparée d’Eugène pendant qu’il retournait à la maison. Qu’adviendrait-il de cela ? Qu’est-ce que c’est qu’une paysanne ? Une créature hideuse, repoussante ? « Non, elles sont assez jolies, » se dit-il, se rappelant celles qui avaient attiré ses regards. « Que dirai-je, que ferai-je ? »

Il se sentit mal à l’aise toute la journée. Le lendemain, à midi, il se rendit chez le garde. Danilo se tenait sur la porte, et, sans mot dire, l’air important, il fit un signe de tête dans la direction du bois. Le sang afflua au cœur d’Eugène. Il se dirigea vers le potager. Personne. Il s’approcha du bain. Personne. Il scruta les alentours, et allait s’éloigner quand il entendit soudain le craquement d’une branche cassée. Il se retourna. Elle était dans le bosquet, séparée de lui par un fossé. Il s’élança à travers le fossé. Il se piqua à une ortie qu’il n’avait pas remarquée ; son pince-nez tomba, mais enfin il se trouva de l’autre côté. Une femme fraîche, jolie, en camisole blanche, jupe rouge