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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/323

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côté de son nez. Voilà pour le physique. Moralement, il était tel que plus on le connaissait, plus on l’aimait. Sa mère l’avait toujours préféré, et, depuis la mort de son mari, non seulement elle avait reporté sur lui toute sa tendresse mais concentrait en lui toute sa vie. Et ce n’était pas sa mère seule qui l’aimait ainsi. Ses camarades du lycée, de l’université, eux aussi, non seulement l’aimaient particulièrement mais l’estimaient. Sur tous les étrangers il produisait toujours la même impression. On ne pouvait mettre en doute sa parole ; on ne pouvait le supposer capable de duplicité, de mensonge, avec un visage aussi ouvert, aussi honnête, et des yeux pareils.

En général, toute sa personne le servait beaucoup pour ses affaires ; les créanciers avaient confiance en lui et lui accordaient ce qu’ils eussent refusé à tout autre ; un employé, un staroste, un paysan, capable de quelque vilenie, de quelque filouterie envers un autre, oubliait de le tromper, tellement était agréable l’impression d’être en relations avec un homme aussi bon, et surtout aussi franc.

Eugène arrangea tant bien que mal, à la ville, la levée des hypothèques sur ses terres incultes, et les vendit à un marchand ; puis, au même marchand, il emprunta de l’argent pour le renouvellement du cheptel, c’est-à-dire des chevaux, des bœufs, des charrettes, et, principalement, pour commencer la construction nécessaire d’un hameau. Ses affaires commençaient à s’arranger ; on amenait le bois, les charpentiers étaient déjà à l’ouvrage, on rentrait quatre-vingts charretées de fumier, mais cependant tout encore ne tenait que par un fil.