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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/32

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VII

Ivan Mironoff passa la nuit au poste en compagnie d’ivrognes et de voleurs. Il était près de midi quand on l’appela devant le commissaire de police. Le commissaire l’interrogea et l’envoya, escorté de l’agent, chez le marchand d’accessoires pour photographie. Ivan Mironoff se rappelait la rue et la maison.

Quand l’agent, ayant fait appeler le patron, lui présenta le coupon, et qu’Ivan Mironoff affirma que c’était bien le même monsieur qui le lui avait donné, Eugène Mikhaïlovitch eut d’abord un air étonné et ensuite sévère.

— Quoi ! Tu es fou !… C’est la première fois que je vois cet homme.

— Monsieur, c’est un péché… Nous tous mourrons… disait Ivan Mironoff.

— Qu’est-ce qui le prend ? Tu l’as probablement rêvé… C’est à quelqu’un d’autre que tu as vendu,… rétorquait Eugène Mikhaïlovitch. D’ailleurs, attendez, j’irai demander à ma femme si elle a acheté du bois hier.

Eugène Mikhaïlovitch sortit et aussitôt appela le portier, un garçon élégant, beau, très fort et très adroit, nommé Vassili. Il lui recommanda de répondre, si on lui demandait où il avait acheté du bois la dernière fois, qu’on l’avait pris au dépôt, et, qu’en général, on n’achetait jamais de bois aux paysans :

— Il y a là un paysan qui raconte que je lui ai donné un coupon faux. C’est une espèce d’idiot, Dieu sait ce qu’il dit ; mais toi, tu es un garçon intelligent, alors dis que nous n’achetons de bois