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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/28

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fronça les sourcils et ses mains en mitaines tremblèrent de colère contre lui.

— Ah ! Quand on parle du loup… dit le maître de la maison, à Eugène Mikhaïlovitch qui rentrait. – Pourquoi êtes-vous en retard ?

— Différentes affaires… – répondit Eugène Mikhaïlovitch d’une voix joyeuse en se frottant les mains. Et, à l’étonnement de sa femme, il s’approcha d’elle et lui dit : – Tu sais… le coupon… je l’ai passé…

— Pas possible !

— Oui. Au paysan… pour le bois…

Et Eugène Mikhaïlovitch raconta à tous, avec une grande indignation – sa femme complétait son récit par les détails – comment deux lycéens avaient volé honteusement sa femme.

— Eh bien, maintenant, à l’ouvrage ! dit-il en prenant place à la table, son tour venu, et battant les cartes.


VI

En effet, Eugène Mikhaïlovitch avait passé le coupon en paiement du bois au paysan Ivan Mironoff.

Ivan Mironoff gagnait sa vie en revendant du bois qu’il achetait dans un dépôt, par sagènes. D’une sagène il faisait cinq parts qu’il s’arrangeait pour revendre en ville, comme cinq quarts, au prix que coûtait le quart au dépôt.

Dans ce jour, malheureux pour Ivan Mironoff, le matin, de bonne heure, il avait transporté en ville un demi-quart, qu’il avait vendu très vite ; puis il avait rechargé un autre demi-quart, espérant