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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/188

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sachant que ce serait pénible pour lui. Il lui dit qu’elle devrait s’installer autrement.

— Oui, si c’était possible à la campagne, dit-elle.

— Nous causerons de tout cela.

Tout d’un coup, derrière la porte, s’entendit un vagissement, puis un cri d’enfant. Elle ouvrit largement les yeux, mais sans les détacher de son père, et resta indécise.

— Quoi ! Il te faut lui donner le sein ? dit Michel Ivanovitch, et de l’effort qu’il dût faire pour se maîtriser, il fronça les sourcils.

Elle se leva, et soudain l’idée folle lui vint de montrer à celui qu’elle avait aimé jadis si tendrement celui que maintenant elle aimait plus que tout au monde. Mais avant d’en rien dire elle regarda le visage de son père pour y lire s’il serait fâché ou non. Le visage de son père n’exprimait point la colère mais seulement la souffrance.

— Va, va, dit-il, que Dieu soit loué ! Demain je reviendrai et nous déciderons. Au revoir, ma chérie, au revoir. — Et de nouveau il retenait avec peine les sanglots qui lui montaient à la gorge.

Quand Michel Ivanovitch revint chez son frère, Alexandra Dmitriévna lui demanda aussitôt :

— Eh bien, quoi ?

— Rien.

— L’avez-vous vue ? demanda-t-elle, devinant à son visage qu’il était arrivé quelque chose.

— Oui, fit-il brièvement, et, tout d’un coup, il se mit à pleurer. — Oui, je suis devenu sot et vieux, dit-il en se calmant.

— Non, intelligent, très intelligent.

Michel Ivanovitch pardonna complètement et vainquit toutes ses craintes de l’opinion publique.