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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/176

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— Oui, je sais.

— Dans ce cas ne faites pas cela par elle. Allez-y vous-même. Rien que pour voir comment elle vit. Si vous ne voulez pas la rencontrer, sûrement vous ne la rencontrerez pas. Lui n’est pas là. Il n’y a là personne.

Michel Ivanovitch tressaillit de tout son corps.

— Pourquoi, pourquoi me torturez-vous ? Ce n’est pas charitable.

Alexandra Dmitriévna se leva, et, des larmes dans la voix, s’attendrissant sur elle-même, elle prononça :

— Elle est si malheureuse et si bonne.

Il se leva et se tint debout attendant qu’elle ait terminé. Elle lui tendit la main.

— Michel, ce n’est pas bien, dit-elle, et elle sortit.

Longtemps après, Michel Ivanovitch marchait de long en large sur le tapis de la chambre aménagée pour lui. Il fronçait les sourcils, tressaillait et poussait des Oh ! oh ! Ayant entendu sa propre voix, il en fut effrayé et se tut.

Il souffrait dans son orgueil blessé. Sa fille ! Sa fille à lui, élevée dans la maison de sa mère, la célèbre Avdotia Borissovna, que l’impératrice honorait de ses visites, dont la connaissance était considérée comme un grand honneur, sa fille, à lui, qui toujours avait vécu en chevalier sans peur et sans reproche !…

Le fait d’avoir un fils naturel d’une Française, qu’il avait fait élever à l’étranger, ne diminuait point la haute opinion qu’il avait de soi. Et voilà que sa fille, pour laquelle il avait fait tout ce qu’un père peut et doit faire, à qui il avait donné une belle éducation, et la possibilité de se choisir un