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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/132

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faire tantôt une chose, tantôt une autre. On entendait tout le temps : Mon ami, cours là-bas !… Aliocha ! arrange ceci… Quoi, Aliocha ! tu n’as pas fait cela ?… Aliocha, fais attention, n’oublie pas… Et Aliocha courait, rangeait, faisait attention, n’oubliait pas, et toujours souriant faisait tout.

Des bottes de son frère il vint vite à bout, et le patron le grondait parce qu’il portait des bottes déchirées d’où passaient ses doigts nus ; et il lui ordonna d’acheter des bottes neuves au marché. Les bottes étaient neuves et Aliocha s’en réjouissait, mais ses pieds étaient anciens, et le soir, après ses courses, il en souffrait beaucoup et était mécontent de ses bottes. Alexis avait peur que son père, quand il viendrait toucher l’argent de ses gages, ne soit mécontent de ce que le marchand retienne le prix des bottes.

Même en hiver, Alexis se levait avant le jour, fendait du bois, balayait la cour, donnait à manger à la vache, au cheval, et les abreuvait. Ensuite il allumait le poêle, cirait les bottes, préparait les samovars et les astiquait. Alors l’employé l’appelait pour l’aider à sortir les marchandises, ou la cuisinière lui ordonnait de pétrir la pâte, de récurer les casseroles. Ensuite on l’envoyait en ville, tantôt porter un billet, tantôt conduire la fille au lycée, tantôt chercher de l’huile à veilleuse pour la vieille.

« Où es-tu disparu, maudit ? » lui disait tantôt l’un, tantôt l’autre. « Ce n’est pas la peine d’y aller, Aliocha y courra. Aliocha ! Aliocha ! » Et Aliocha courait.

Il déjeunait en courant, et il était rare qu’il prit le dîner avec tout le monde. La cuisinière le