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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/109

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tier. On dit qu’il jette cet argent et que la police est achetée par lui.

— Il a toujours été un vaurien, remarqua Eugène Mikhaïlovitch. Avec quelle facilité alors prêtait-il un faux serment ; j’en étais étonné.

— On dit qu’il est entré dans notre cour. La cuisinière dit que c’est hier. Elle raconte qu’il a marié quatorze filles pauvres.

— On invente tout cela.

Au même moment, un passant étrangement vêtu entra dans le magasin.

— Que te faut-il ?

— Voici une lettre.

— De qui ?

— C’est écrit dedans.

— Faut-il une réponse ? Mais attends donc…

— Impossible.

Et l’homme étrange, après avoir remis l’enveloppe, s’en alla hâtivement.

— C’est bizarre !

Eugène Mikhaïlovitch ouvrit l’enveloppe et n’en crut pas ses yeux. Des billets de cent roubles ! Il y en avait quatre. Que voulait dire cela ? Il lut la lettre pleine de fautes d’orthographe : « D’après l’évangile il est dit : Fais le bien pour le mal. Vous m’avez fait beaucoup de mal avec le coupon, et j’ai fait beaucoup de mal au paysan. Mais cependant j’ai pitié de toi. Prends ces quatre billets de cent roubles et souviens-toi de ton portier, Vassili. »

« Non, c’est extraordinaire ! » se disait Eugène Mikhaïlovitch.

Et quand il se rappelait cela ou en parlait avec sa femme, des larmes se montraient dans ses yeux et la joie emplissait son âme.