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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/108

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elle ne faisait que secourir les autres. Alors quoi ! tu penses que mon sort sera le même que le sien ? Non…

— Alors tu penses que quand on meurt l’âme reste ?

— C’est sûr.

Prokofi souffrait beaucoup pour mourir ; il étouffait sans cesse. Mais à ses derniers moments il se sentit tout d’un coup soulagé. Il appela Stepan.

— Eh bien, frère, adieu. Évidemment c’est la mort qui vient. Voilà, j’avais peur, et maintenant, rien. Je désire seulement qu’elle vienne plus vite.

Et Prokofi mourut à l’hôpital.


XVI


Les affaires d’Eugène Mikhaïlovitch allaient de mal en pis. Le magasin était hypothéqué. Le commerce ne marchait pas : un autre magasin s’était ouvert dans la ville. Il avait les intérêts à payer, et il lui fallait emprunter de nouveau et payer de nouveau. À la fin des fins, le magasin avec toutes les marchandises allait être mis en vente. Eugène Mikhaïlovitch et sa femme frappèrent à toutes les portes afin de trouver les 400 roubles nécessaires pour les sortir de là, mais ils n’obtinrent rien. Ils avaient fondé quelque espoir sur le marchand Krasnopouzoff, dont la femme d’Eugène Mikhaïlovitch connaissait la maîtresse. Mais maintenant, toute la ville savait qu’on avait volé chez Krasnopouzoff une forte somme. On parlait d’un demi-million.

— Et qui l’a volé ? racontait la femme d’Eugène Mikhaïlovitch. Vassili, notre ancien por-