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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/105

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Métropolite et le procureur général du Saint Synode, le vieillard fut aussitôt envoyé au couvent, non au sien, mais au couvent de Sousdal, dont le père Missaïl était supérieur.


XIV


Tous faisaient comme s’il n’y avait eu rien de désagréable dans le sermon du père Isidore ; et personne n’en parlait. Il semblait au tzar que les paroles du vieillard n’avaient laissé en lui aucune trace. Mais deux fois durant cette journée, il se rappela l’exécution des paysans pour lesquels Madame Sventitzky avait demandé grâce par télégramme. Dans la journée il y eut une revue militaire, ensuite une promenade, puis la réception des ministres, puis le dîner, et, le soir, spectacle. Comme à l’ordinaire, l’empereur s’endormit aussitôt sa tête posée sur l’oreiller. Pendant la nuit un rêve affreux l’éveilla : des potences se dressaient dans un champ ; des cadavres s’y balançaient, et ces cadavres tiraient une langue qui s’allongeait de plus en plus. Et quelqu’un criait : « C’est ton œuvre, ton œuvre ! »

Le tzar se réveilla en sueur et se mit à réfléchir. Pour la première fois il réfléchit à la responsabilité qui lui incombait, et il se remémora toutes les paroles du vieillard.

Mais en lui, il ne voyait l’homme que de loin et il ne pouvait céder aux simples exigences humaines à travers les exigences qu’on lui imposait de tous côtés comme tzar. Et il n’avait pas la force de reconnaître les devoirs de l’homme plus obligatoires que ceux du tzar.