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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/104

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Quant aux deux paysans, vieux et jeune, ils furent pendus. On avait fait venir de Kazan le bourreau qui les exécuta, un Tatar, terrible assassin, et qui avait eu commerce avec les bêtes.

La vieille avait voulu vêtir le corps de son mari d’une chemise et de chaussons blancs, mais on ne l’y autorisa pas, et les deux cadavres furent enfouis dans la même fosse, derrière la haie du cimetière.

— La princesse Sophie Vladimirovna m’a parlé d’un prédicateur extraordinaire, dit une fois la mère de l’empereur, la vieille impératrice, à son fils. — Faites-le venir. Il pourrait prêcher à la cathédrale.

— Non, ce sera mieux chez nous, dit l’empereur, et il donna l’ordre d’inviter le moine Isidore.

À la chapelle du palais s’étaient réunis tous les généraux et toute la cour. Un nouveau prédicateur extraordinaire était un grand événement. Un petit vieillard maigre, tout blanc, parut. Il jeta un regard circulaire. « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », et il commença. D’abord tout alla bien. Mais en avançant dans son sermon, les choses se gâtèrent. Il devint de plus en plus agressif, comme le dit ensuite l’impératrice. Il lançait les foudres sur tous ; il parlait de la peine de mort, et attribuait au mauvais gouvernement la nécessité de la maintenir. Était-il possible que, dans un pays chrétien, on tuât des hommes ?

Tous se regardaient et tous n’étaient occupés que de l’inconvenance de ce sermon et de l’ennui qu’il devait causer à l’empereur. Mais personne ne le disait. Aussitôt qu’Isidore eut prononcé « Amen », le Métropolite s’approcha de lui et lui demanda de passer le voir. Après son entretien avec le