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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/95

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poitrine, il serra fortement la main et pressa la détente. Le coup violent qu’il reçut dans la poitrine le fit tomber, sans qu’il eût entendu la moindre détonation. En cherchant à se retenir au rebord de la table, il lâcha le revolver, vacilla et s’affaissa à terre, regardant autour de lui avec étonnement ; sa chambre lui semblait méconnaissable ; les pieds contournés de sa table, la corbeille à papier, la peau de tigre sur le sol, il ne reconnaissait rien. Les pas de son domestique accourant au salon l’obligèrent à se maîtriser, il comprit avec effort qu’il était par terre, et en voyant du sang sur ses mains et sur la peau de tigre il eut conscience de ce qu’il avait fait.

« Quelle sottise ! je me suis manqué », murmura-t-il en cherchant de la main le pistolet, qui était tout près de lui ; il perdit l’équilibre et tomba de nouveau baigné dans son sang.

Le valet de chambre, un personnage élégant qui se plaignait volontiers à ses amis de la délicatesse de ses nerfs, fut si terrifié à la vue de son maître, qu’il le laissa gisant, et courut chercher du secours.

Au bout d’une heure, Waria, la belle-sœur de Wronsky, arriva, et avec l’aide de trois médecins qu’elle avait fait chercher, elle réussit à coucher le blessé, dont elle se constitua la garde-malade.


CHAPITRE XIX


Alexis Alexandrovitch n’avait pas prévu le cas où, après avoir obtenu son pardon, sa femme se réta-